licht ingekort verschenen in LE MATIN 7 april 1999:
La progression de la prospérité et de l'éducation a émancipé aussi bien le peuple flamand que le peuple wallon. Les Flamands sont en plus devenus conscients de la valeur et de l'identité de leur culture, différant de la culture dominante francophone. Suite à la démocratisation, les dirigeants ne pouvaient plus garder sous tutelle les peuples de l'état belge. Afin de garder un maximum de leur pouvoir, ils ont accepté un fédéralisme minimal. La Flandre s'est émancipée partiellement et a réalisé des "revendications linguistiques", causées par l'oppression du néerlandais au XIXième. Mais la Flandre a payé un prix cher: abandon de sa majorité belge sans participation réelle à Bruxelles. Elle a accepté l'unilinguisme du domaine public wallon; la plupart des francophones n'a toujours pas accepté cet unilinguisme en Flandre, bien que ce sont les Wallons qui ont exigé cette territorialité, selon le modèle de la France.
Malgré l'autonomie, les léviers politiques, économiques et financiers restent au niveau fédéral, administrés de manière paritaire, ou sont transférés vers une Europe, encore moins démocratique. Le 3 mars, le Parlement Flamand a demandé, dans cinq résolutions voté à une large majorité, plus de compétences et plus d'autonomie financière. La réforme de l'état n'est ni un but en soi ni un projet mythique. Un état démocratique ne peut fonctionner que s'il y a une culture suffisamment commune et une opinion publique unique. Le but essentiel du Mouvement Flamand n'est autre qu'un pays normal, plus proche du citoyen (subsidiarité) et plus performant et éfficace.
La formation d'une identité commune aurait peut-être pu sauver l'état belge, mais est devenu impossible par ce que la classe francophone dominante a accepté ni la dignité égale de la langue et culture néerlandaise ni le bilinguisme généralisé. Evidemment, il y a des valeurs en commun entre Wallons et Flamands. Mais elles sont le également aux autres nations européennes et c'est donc dans l'Union européenne que cette communauté partielle peut trouver une traduction politique et institutionnelle. Mais il n'y a pas suffisamment de culture commune entre Flamands et Wallons, et entre eux seulement, afin de légitimer le maintien des compétences substantielles à un niveau intermédiaire belge. Une autonomie plus grande est donc dans l'intérêt de la Wallonie aussi. Ce n'est pas une honte pour une communauté de vouloir instaurer une "fierté nationale" (A. van der Biest) et dès lors d'instaurer un état indépendant.
Oui, le Mouvement Flamand estime que c'est au niveau européen que la solidarité entre nos peuples doit d'abord être organisée. Non, la Flandre ne refuse pas le dialogue afin de contribuer à la relance sociale et économique de Wallonie et de la rendre sa fierté nationale. Mais elle n'a pas de dette collective envers les Wallons par ce qu'elle aurait été soutenue par la Wallonie pendant des décennies. Ce mythe est un mensonge historique démontré par la science historique. Non pas la Flandre a profité de la Wallonie, mais la classe dirigeante qui s'est retirée dans le capitalisme international dès que la Wallonie n'était plus intéressante pour elle. Cette même classe francophone prône le séparatisme Bruxellois, qui n'est pourtant pas la meilleure voie à rendre Bruxelles vivable et à y assurer la dignité égale de ses communautés.
Ce n'est pas dans l'intérêt du peuple en Wallonie qu'une caricature est faite des aspirations flamandes; N'est-il pas plutôt monté contre la Flandre par l'establishment afin d'arrêter la démocratisation qui nécessite une défédéralisation continue ? Le Mouvement flamand ne veut autre chose qu'un état "normal", capable de fonctionner démocratiquement et d'intégrer tout citoyen qui le veut. Les Flamands sont de plus en plus convaincus que cela nécessite une Flandre indépendante, état-membre de l'Europe. Il est temps pour tous, la Wallonie et la Flandre, de vaincre leur peur de la liberté. Ce n'est pas le refus des partis francophones de parler de la réforme de l'état qui convaincra les Flamands de l'inverse. Au contraire, ils commencent à se souvenir que des 4 grands évènements de l'histoire politique belge, notamment le séparatisme belge (1830-1831), l'introduction du suffrage universel égal (1919), le transfert de souveraineté aux communautés européennes (1957) et la réforme de l'état, seulement le dernier a jusqu'ici eu lieu en conformité avec la constitution.
Matthias E. STORME et David VITS
Les auteurs sont respectivement président et secrétaire
de l' OVV (Centre de coordination d'une soixantaine d'associations
flamandes)